DES ALSACIENS UNISSENT NEW YORK ET LE TEXAS!

 C’est dans un Sud Texas aride et surchauffé qui n’a pas vu une goutte de pluie depuis sept mois qu’une délégation de huit Alsaciens de New York s’est rendue à Castroville, la petite Alsace du Texas, du 27 avril au 1er mai 2011.  Objectif : nouer des liens avec les Alsaciens du Texas dans le contexte d’une série de manifestations liées au 140 ans des Alsaciens de New York. 

Point d’orgue de ce séjour identitaire, culturel et touristique de quatre jours, une soirée BBQ marquée de chansons et de blagues en alsacien, organisée à D’Hanis, l’autre commune alsacienne du Texas, une petit bourgade qui pourrait servir de décors à un western et qui est jumelée à Oberentzen.  Parmi les hôtes, les inévitables Guy Holzhaus, le dernier maire-adjoint dialectophone de Castroville, Justin Jungman, le président fondateur de l’Alsatian club de la région, et aussi des Tschirhart, des Bendele, des Hützler ou encore les cinq sœurs Nehr, dont l’arrière grand-père François Joseph Nehr a quitté Saint-Amarin pour arriver au Texas en 1846.  Après le décès de sa deuxième femme, François Joseph a poussé l’obsession jusqu’à retourner en Alsace pour y trouver une troisième femme. Un voyage de plusieurs mois à l’époque, dont plusieurs semaines de chariot avant d’arriver au port le plus proche.  Mais quand on aime l’Alsace on ne compte pas…150 ans plus tard les cinq sœurs Nehr toujours dialectophones, représentent un magnifique héritage de cette odyssée.  Outre les blagues, il y a aussi ce poème émouvant, intitulé « Diä schéni Kenderla, mét éhra volli Wéndala »  récité par Les Tschirhart que lui a transmis son beau père Paul Haass décédé en 2009 à l’âge de 95 ans.  Ce poème ramené d’Alsace en 1844 a été transmis de génération en génération chez les Haass.

Le bilan est plus que positif, inattendu et inespéré, pour nos jeunes alsaciens internationaux de New York qui n’auront jamais autant parlé alsacien qu’au Texas ! Parmi eux Liliane Rubin, née Braesch, Sophie Schirch, Isabelle Serve, Catherine Dubourdieu, Capucine Bourcart, Emmanuel Jaegle, Florian Nguyen.  Au terme de ce voyage, la mulhousienne Isabelle dont la famille est originaire de Heiteren écrit sa première carte postale en alsacien.  Emmanuel, le roi des taxes franco-americain de New York et colmarien de naissance, avouera n’avoir jamais autant parlé alsacien qu’au Texas.

Guidé par Thierry Kranzer, un ancien président de l’Union Alsacienne de New York, qui en était à sa huitième incursion texane, le groupe a dès son arrivée, jeudi matin 28 avril, été reçu par le maire de Castroville, M. Lee, qui bien qu’ayant un statut de « Fremda » à des origines alsaciennes par sa mère.  Après les messages de bienvenue et échanges de cadeaux à la mairie de Castroville, dont des broderies offertes par les Seybold de New York, les huit Alsaciens de New York sont canonisés « Citoyens d’honneurs de la petite Alsace du Texas ».  A ce titre, ils s’engagent à être des ambassadeurs de la culture alsacienne du Texas.

Encadré par les « red coats », (les gilets rouges traditionnels alsaciens), le groupe est ensuite invité à participer à l’inauguration d’un nouveau restaurant le « Chat Noir », anciennement « Normandie », repris par une jeune Oeffinger  de Castroville.

Au cours de leur périple, le groupe n’a pu manquer l’historique Fort Alamo où est tombé David Crockett, héros de l’indépendance de la République du Texas et la sinueuse River Walk de San Antonio, bordée de cafés, restaurants et autres attractions aux accents mexicains.  Passages obligés de ce séjour culturel, l’Alsatian bakery de Sammy Tschrihart et bien sûr la maison Alsacienne Steinbach démontée à Walhbach dans le Sundgau et remontée au Texas en 1998, où elle a été inaugurée par Adrien Zeller le 8 avril 2002.  Construite entre 1618 et 1648, cette maison demeure certainement une des plus vieilles bâtisses des Etats-Unis.

Enfin, le Groupe a également fait le tour du jardin des racines, un jardin de 100 mètres de long dont les arbres et aménagement représentent la carte de l’Alsace au centre du parc régional. C’est sous l’arbre représentant Strasbourg que le groupe a décidé d’immortaliser l’évenement.

Autre trace de la présence alsacienne, l’Alsatian Inn, une hotel trois étoiles sur la colline surplombant Castroville.  Sur sa terrasse garnie d’une piscine, les New Yorkais commandent un Gewürtztraminer de Marlenheim.  Les deux Bas-Rhinoises du groupe apprécient.  Au cours du diner. Le groupe d’Alsaciens de New York est surpris par leurs voisins de table. Des Bourquin qui nous offrent une bouteille de vin d’Alsace en réalisant que nous sommes Alsaciens « Thanks for visiting us » (merci de venir nous rendre visite). Il s’agit d’un Bourquin dont l’oncle Clinton, décédé en 2000 était un pilier texan de la défense de la langue alsacienne qu’il écrivait, lisait et maîtrisait parfaitement.  Se faire offrir une bouteille d’Alsace à 9000 kilomètres de Strasbourg par des gens qui n’ont pas oublié la valeur de leurs origines alsaciennes, 167 ans après le départ de leurs ancêtres…quelle belle expérience. D’aucuns diront que le monde est petit, mais on peut légitimement se laisser à penser que l’Alsace est grande et que  son identité à quelque chose de magique, par sa capacité de porter la notion de convivialité à son paroxysme.

Autre expérience qui en dit long sur la notoriété de l’Alsace dans les coins les plus reculés de la frontière américano–alsacienne. Lors d’un contrôle d’une unité spéciale de lutte contre le trafic de drogue à la frontière mexicaine, notre interlocuteur, un policier aux lunettes de soleil sombres, nous répond  «  Je connais bien l’Alsace, j’ai fait l’école culinaire avant de rentrer dans la police »…une preuve s’il en fallait encore que l’Alsace demeure, dans le monde, une des grandes références gastronomiques.

Alors que des débats ont lieu en ce moment en Alsace sur le concept de marque régionale, on pourrait bien s’inspirer de ce qui se passe au Texas, où la référence à l’Alsace consacre la perfection, le beau, le luxe. En témoigne la « Ville d’Alsace », un lotissement chic entre Castroville et Quihi, jonché de demeures dont la valeur varie entre 300 et 500 000 dollars et qui se divise entre Saverne, Strasbourg, Colmar et Eguisheim Street.  Juste à Côté, il y a le « Alsatian Golf Course »  Pour 4$ vous pouvez commander un « Alsatian Chili dog » (saucisse alsacienne épicée) au club House qui vous propose de T-shirts, casquettes et autres articles estampillés « Alsatian Golf Course ». Les affiches de promotion sont ambitieuses : « Wedding at the Alsatian Golf course » (mariez-vous au golf alsacien).

Une fois n’est pas coutume tous ces contacts ont été coordonnés par Christiane Wood, née Hoffmann, originaire d’Obernai et Marmoutier et installée à Castroville en 1996. Celle que les Castrovillois ont longtemps surnommé la Yankee, en raison de son accent du Nord de l’Alsace, fait office de véritable consule honoraire de la Grande Alsace en Petite Alsace du Texas.  Infatigable travailleuse au service de la cause internationale alsacienne Christiane sera encore, on n’en doute pas, un élément incontournable d’un prochain échange prévu cet automne.  Cette fois-ci, ce sera l’Union internationale des Alsaciens (UIA), sous la houlette de son président Gérard Staedel, qui prévoit de débarquer au pays du Mesquite, de la Winschester et de….la cigogne importée.

Séquence émotions au moment de notre départ. Le groupe des anciens entonne instinctivement l’hymne texan. Ici on est fier d’être Alsacien, Texan et Américain.  Au moment du départ, une des sœurs Nehr, qui n’a jamais mis les pieds en Alsace, lance aux Alsaciens, les yeux humides,  un « Kumma wedder » (revenez encore). Une promesse que les intéressés ont bien l’intention de tenir….

Thierry Kranzer

Photos : Capucine Bourcart (Bergholtz news agency)

 

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5 commentaires pour DES ALSACIENS UNISSENT NEW YORK ET LE TEXAS!

  1. Bonour à tous,
    Salü bisàmme,

    Je suis la nouvelle Directrice de l’OLCA (Office pour le Langue et la Culture d’Alsace) et je souhaite nouer contact avec vous.

    J’ai lu dans « Saisons d’Alsace » que vous fêtez un anniversaire cette année (Beste Glick !) et j’aimerais vous faire quelques cadeaux. Nous disposons de lexiques tout à fait sympathiques, de livres, de gadgets) ; même si beaucoup de choses sont téléchargeables via notre site (en cours de rajeunissement) rien de vaut le « réel », le palpable…

    Merci de me dire si cela vous ferez plaisir : numme froga !

    Je reste avec grand plaisir à votre écoute et espère avoir la joie de vous lire / entendre bientôt !

    Bis dànn

    Beschte Griess üs unserem Elsass (d’Son schint, ‘s Minchter isch wunderbàr, un mir hàn 24°C)

    Isabelle

  2. STRUB Joseph dit :

    Bravo Thierry pour cette présentation haute en couleurs et si agréablement racontée de l’Alsace au Texas ! Quelle vitalité ches ces Alsaciens, et quel amour pour leur « Heimat », .. à 9 000 km !
    A voir les photos, leur pays d’adoption leur offre quand même tout ce qu’il faut pour être très heureux !…
    Un grand bonjour de Turquie… à 12 000 km !
    Joseph Strub

  3. Vecker dit :

    Magnifique récit. Emouvant. L’Alsace profonde est une perle du patrimoine de l’humanité.

  4. Claude Weinzaepflen dit :

    Thierry,
    Vraiment super ton travail de contact avec nos amis de Castroville.
    Une bonne ambiance transpire sur la photo de groupe.
    Never loose contact. See you soon.
    Claude

  5. Rya Hendricks dit :

    Did you ever had an Onion Pie ? Tart a l’onion ?Zwibel Tort ? don’t know how to write it, but it is so gut…We do them in Strasbourg Alsace…..lol guten tag….

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